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La France est-elle si malheureuse ?

La France est-elle si malheureuse ?

En bref :

Fractures sociales et économiques, pandémie, menace terroriste… À l’heure de la rentrée, le climat actuel en France pourrait faire croire que le bonheur est difficile à atteindre pour les citoyens. Les médias, qui ont tendance à sur-médiatiser les informations négatives, participent de cet effet de dramatisation du quotidien. Le french bashing, qui consiste à dénigrer les Français, serait même devenu le sport national du Royaume-Uni et des États-Unis. Malgré ces images un brin déprimantes, Françaises, Français, nous résistons ! Des disparités existent entre bonheur collectif et privé, entre joie ressentie à la campagne ou à la ville. Si tout n’est pas tout rose, rien n’est vraiment noir. 

💡 Pourquoi c’est intéressant ? Cela montre à quel point la perception du bonheur est propre à chaque culture et comment elle varie au sein d’un même territoire, suivant des facteurs très divers.

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Les faits : 

❓ Comment mesure-t-on le bonheur ? 

– Pendant très longtemps, la croissance du PIB est restée la mesure exclusive du bien-être. Mais le rapport Stiglitz, dans un premier temps, puis l’enquête de l’Insee en 2011, ont introduit d’autres paramètres, tout aussi importants : la santé, les conditions de logement, la densité des relations sociales, le stress de la vie quotidienne, mais aussi la perception des inégalités sociales. 

– En 1974 déjà, le postulat que l’abondance de biens et de moyens ne suffisait pas à évaluer le bonheur était énoncé par l’économiste Richard Easterlin, qui estimait que (€) “au-delà d’un certain niveau de richesse d’un pays, le bonheur déclaré de ses habitants n’augmentait plus”. 

– Afin d’évaluer le bonheur à l’échelle d’une société, “la paix et la sécurité, le respect des droits de l’homme, la justice, l’accès à l’éducation et à la formation, la possibilité de vivre dans un environnement non pollué” sont des critères légitimes.

– Selon la Fabrique Spinoza, think tank spécialisé dans les réflexions autour du bonheur, “l’état d’un pays se mesure d’abord à l’aune de ce que ses citoyens vivent et non exclusivement de ce qu’ils produisent”. 

🇫🇷 Les Français se sentent-ils heureux ?

– Selon le dernier World Happiness Report, agence de l’ONU, paru en mars 2021, la France se classe 20e au classement des pays les plus heureux au monde en 2020. Ce classement repose sur la mesure de 6 critères : les revenus, la liberté, la confiance, l’espérance de vie, le système social et la générosité. Sur la période 2017-2019, la France se classait 21e. 

– Dans son «Index mondial du bonheur» de 2020, Ipsos dévoile que, malgré la crise sanitaire, 78% des Français se déclarent heureux, ce qui la place en quatrième position des pays où la population se déclare la plus heureuse. Comparé aux chiffres des années précédentes, ce sentiment serait même en hausse (77% en 2018, 68% en 2017). À l’inverse, le bonheur dans le monde s’établit à 63% et a perdu quatorze points depuis 2011. 

– En 2019, un sondage Elabe montrait que 64% des Français se disaient «pessimistes sur « l’avenir de la société française »», mais qu’ils étaient 62% à être optimistes pour leur avenir personnel. 

🤔 Des explications à ces différences ?

– Pour Claudia Senik, auteure de L’Économie du bonheur, que les Français se déclarent moins heureux que d’autres viendrait du fait «qu’ils ne parviennent pas à se projeter positivement dans l’avenir» car «ils sont trop tournés vers un passé idéalisé». 

Selon le sociologue Gaël Brulé, «plus on valorise le passé, plus le présent va avoir tendance à paraître fade en comparaison». Selon lui, les Français restent attachés à leurs traditions et accordent une forte importance à leur patrimoine. 

– Régis Bigot, directeur de recherche au Credoc, analysait en 2014 qu’au regard de la situation en France (chômage et pauvreté en hausse, croissance faible), «les Français ont l’impression d’assister à un naufrage collectif». Mais depuis trente ans, selon lui, la part des Français se déclarant très heureux ne cesse d’augmenter.

– Pour le philosophe et sociologue Frédéric Lenoir, les Français sont heureux individuellement mais malheureux collectivement, jusqu’à qualifier le peuple français comme «l’un des peuples les plus pessimistes de la Terre». 

– Le sociologue Rémy Oudghiri estime qu’en France, il est difficile d’exprimer son bonheur en public, ce qui expliquerait ce paradoxe entre bonheur personnel et pessimisme collectif. 

😀 Un territoire inégalement heureux

– Selon les enquêtes de la Fabrique Spinoza, des disparités de bonheur ressenti persistent selon les régions, mais aussi selon l’âge, le sexe, la profession, le revenu perçu, la position politique ou encore la composition du foyer. 

– Dans une note de l’Observatoire du bien-être parue en novembre 2018, Mathieu Perona et Madeleine Peron concluent que les villes rurales et les petites villes françaises sont celles où la satisfaction de vie est la plus élevée. Plus la taille des agglomérations augmente, plus cet indice se détériore. Selon cette étude, les villes de 20 000 à 100 000 habitants présentent la plus basse satisfaction de vie. 

👎 Trop de mauvaises nouvelles ? 

– Dans son reportage (€) publié le 8 juin 2021, le grand reporter du Monde Luc Bronner s’est rendu dans une commune de Mayenne, à Château-Gontier, où il fait bon vivre, selon ses 17 000 habitants. Ils regrettent la sur-médiatisation des mauvaises nouvelles, qui selon eux, engendre stress et panique, et alimente ce climat pessimiste en France. 

– Ce surplus de mauvaises nouvelles entraîne deux biais dans la lecture de l’actualité, identifiés par Aaron Beck : celui de sur-généralisation et de dramatisation.

– Le cerveau humain enregistre plus facilement une information négative qu’une information positive. Des études psychologiques ont démontré que notre cerveau était programmé plus pour la survie que pour le bonheur et qu’il contiendrait donc un biais négatif qui revient à «renforcer le système de mémorisation par le stress et l’émotion que nous ressentons en réaction aux mauvaises nouvelles». 

– Dans les années 1970, le sociologue des médias Marshall MacLuhan considérait que «Good news is no news» («Les bonnes nouvelles ne sont pas des nouvelles»), ce qui peut expliquer une tendance médiatique à privilégier les mauvaises nouvelles. 

– Le journalisme de solution s’attelle à «analyser et à diffuser la connaissance d’initiatives qui apportent des réponses concrètes, reproductibles, à des problèmes de société, économiques, sociaux, écologiques». Aller plus loin que le constat, pour chercher des solutions.

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