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12 biais cognitifs à connaître pour s’armer face à l’info

12 biais cognitifs à connaître pour s’armer face à l’info

Dans sa mission pour t’aider à découvrir de nouvelles sources d’information et de nouvelles voix, Flint a décidé de donner la parole à des experts, dans leur domaine respectif : environnement, technologie, histoire, sociologie. Ces articles sont une mise en page de threads, des séries de tweets publiés sur Twitter. Nous avons sélectionné ces textes pour l’éclairage précis et parfois méconnu qu’ils apportent sur des problématiques d’actualité.

💡 Pourquoi lire ce fil ? Parce qu’il met en lumière douze biais cognitifs fréquents, auxquels nous sommes tous et toutes sujets au quotidien, dans des discussions, lorsqu’on consomme de l’information ou que l’on cherche à prendre une décision. Les connaître permet de mieux les surmonter lorsque nous y sommes confrontés.

✍️ L’auteur : Antoine Pasquier est étudiant en administration et gestion d’entreprise. Sur Twitter depuis depuis trois ans, il gère le compte « L’Encyclopédie », où il distille informations insolites et explications pédagogiques.

Retrouvez ce fil sur Twitter au bout de ce lien ou découvrez-le ci-dessous sous forme d’article.

Le fil :

J’ai commencé à travailler sur les biais cognitifs car il s’agit d’un sujet d’importance en finance comportementale, discipline que j’étudie et parce que tout le monde y est sujet. Je me suis d’abord intéressé au biais d’ancrage ou de première impression, qui concerne absolument TOUT le monde (qui n’a jamais eu de mauvais jugement sur une personne à cause d’une mauvaise première impression ?). Et à partir de là, j’ai construit une liste de douze effets que je souhaitais vous faire connaître. Alors c’est parti :

L’effet de simple exposition. Plus nous sommes exposés à un stimulus précis, plus nous avons tendance à l’apprécier. C’est une expérience du psychologue américain Robert Zajonc qui a permis de mettre en lumière ce fait. Il est probable que ce phénomène nous vienne de nos ancêtres : ceux-ci avaient besoin de différencier le connu de l’inconnu, de se créer rapidement des repères. Il est utilisé en permanence par les publicitaires et les services marketing, qui nous exposent de manière répétée à un produit, un slogan, une voix. C’est un effet qui s’expérimente aussi sur les réseaux sociaux, lorsque nous y recevons des informations, des publications, de manière répétée.

Le biais d’attention. Celui là, tout le monde le connait car il relève de la logique simple : on prête beaucoup plus d’attention aux informations qui nous intéressent ou qui nous concernent qu’à toutes les autres. On peut aussi parler d’attention sélective.

Convertize / Antoine Pasquier

Il est étudié en psychologie car il joue un rôle particulier dans des maladies comme la dépression ou le trouble anxieux : dans ces cas là, certaines personnes présentent un biais d’attention en ce qu’elles ont tendance à se concentrer sur ce qui va mal plutôt que sur le reste (voir par exemple Psychological Bulletin, The Conversation).

L’aversion à la dépossession. Principalement étudiée en finance comportementale et en économie, l’aversion à la dépossession étudie l’attachement psychologique de l’individu à sa possession (sa voiture, sa maison, ce que vous voulez) qui trouble sa rationalité en période de crise : quand la valeur du bien diminue considérablement, l’individu n’en tient pas compte car il « aime » son bien. Ainsi, l’individu n’estime pas son bien à la juste valeur, lui donnant plus d’importance qu’il n’en a factuellement. C’est un biais qui nous touche tous. Moi par exemple, mon Fifa 12 (jeu-vidéo sorti en 2011, ndlr), je lui donnais une valeur de malade, mais Micromania m’a clairement fait comprendre que j’étais victime d’une aversion à la dépossession (on a effectivement pu le trouver pour la modique somme de 1,99€ chez le revendeur, ndlr).

Le biais d’ancrage. Théorisé par les psychologues Amos Tversky et Daniel Kahneman, c’est le biais qui explique que, lorsqu’on doit prendre une décision, on retient souvent la première information qu’on a sous les yeux plutôt qu’une obtenue d’un examen plus approfondi. C’est en quelque sorte l’erreur de ne se fier qu’à sa première impression, ce qui explique que vous détestiez Louis parce qu’il ne vous a pas dit « Salut » le premier jour de l’année scolaire alors qu’il ne vous avait simplement pas vu.

Le biais de confirmation. C’est celui qui peut vous rendre très vite insupportable mais n’en est pas moins présent chez une immense majorité de la population. Oui, je parle bien du fait de privilégier les sources d’informations qui confirment votre hypothèse de départ en ignorant totalement les autres sources, qu’elles soient neutres ou qu’elles aillent contre votre idée de base. Oh, ne niez pas, moi-même je m’avoue coupable d’en avoir déjà usé ! C’est pour ça que c’est important de toujours lire plusieurs sources distinctes, surtout dans la recherche d’information et pour participer au débat public !

Traduction d’un strip de Kris Straub

Cela dit, mes respects à ceux qui n’en sont jamais victimes, je parle bien évidemment des dictateurs, puisqu’ils n’autorisent pas de sources contradictoires à ce qu’ils affirment. Ils ne sont pas stupides hein ! Pour un exemple plus sérieux, le biais de confirmation explique par exemple qu’en 1941, l’amiral Kimmel n’ait pas pris au sérieux les premiers signes annonciateurs d’une possible attaque sur Pearl Harbor : ne voulant pas la guerre ou n’y croyant pas, il traitait mal les informations, laissant passer celles qui auraient pu l’aider à la prévoir. (Les psychologues Stuart Sutherland, Thomas Kida ou encore Janis et Mann argumentent effectivement que l’amiral a sous-estimé les premiers signes tangibles d’un risque d’attaque en écartant toutes les informations qui indiquaient la possibilité d’une guerre avec le Japon, ndlr. Voir L’année psychologique.)

Le biais rétrospectif. Il est fréquent dans les commentaires autour des affaires d’agressions sexuelles : c’est ce biais qui « pousse » certaines personnes à nier la possibilité que les choses se passent sans raison, par pure violence. Elles ont donc tendance à les expliquer par des suppositions type « son attitude était provocante », « Elle n’aurait pas du s’habiller de la sorte », etc.

Il s’agit pour beaucoup de dire, mais seulement après coup : « non mais mdr, c’était prévisible frérot ». Il s’applique quand je dis ce genre de chose juste après avoir eu une bonne note à un QCM auquel j’avais répondu de manière hasardeuse, par exemple.

L’effet Dunning Kruger. Celui là, je le vois partout, c’est peut-être le plus connu des biais cognitifs. Il est assez simple et se résume en une phrase : vous êtes moins intelligent que vous le pensez. Ok, ça ne s’applique pas à tout le monde, mais ça pose le contexte d’une situation dans laquelle plus la personne est incompétente plus elle a tendance à surestimer ses capacités. Suit ensuite la « vallée de l’humilité » qui caractérise le positionnement des personnes en étude longue ou en début de carrière. Dans cette vallée, on se rend compte qu’on est loin d’être aussi compétent/intelligent et/ou cultivé qu’on le pense. Puis arrive l’expertise, où l’on se définit enfin à notre juste valeur. Ce processus se poursuit durant toute la vie et pour certains, le dernier stade n’est jamais définitivement atteint.

Wikimedia Commons

L’effet Stroop. Lui, c’est un petit biais cognitif que je trouve assez marrant parce qu’en soit, tout le monde s’en cogne, mais il reste intéressant. En gros, il explique que l’arrivée d’une information non pertinente dans un processus de réflexion nous perd totalement. L’exemple le plus parlant est celui qui est donné sur Wikipedia et qui nous vient des expériences de John Ridley Stroop : quand tu colories le mot rouge en bleu, et qu’on te demande la couleur du mot en question, tu as un temps de latence. Alors que la question est toute bête.

Ceux qui s’apprêtent à se moquer, n’oubliez pas quel est le biais cognitif qui précède celui-ci.

Le sophisme génétique. On fait pas beaucoup mieux niveau mots stylés. Le sophisme génétique, c’est juger le travail produit par quelqu’un en fonction de ses origines ou de ses idées plutôt qu’en fonction de la qualité et du fond du travail fourni. On appelle ça l’argumentum ad hominem si vous voulez faire les beaux et justifier le fait qu’on vous fasse la gueule. Un exemple serait de dire que l’athéisme ne peut pas exister parce que chaque morceau de territoire existant sur Terre est lié historiquement et culturellement à une religion et que si tu es né en Inde avec un entourage hindou, tu ne peux pas croire en autre chose que l’hindouisme car tu n’es que le produit de ton éducation. Bref, vous avez compris.

L’heuristique de disponibilité. Celui là cause pas mal de problèmes. Imaginez-vous dans un incendie, vous savez que votre escalier n’est pas loin, vous avez quatre étages à descendre pour vous enfuir. Les secours sont bientôt là et vous pouvez aussi calfeutrer votre appart. Eh bien l’heuristique de disponibilité est ce le biais cognitif qui va vous pousser à vous diriger vers votre escalier en vous faisant miroiter une porte de sortie qui traverse pourtant de nombreux gaz toxiques et vous fait risque d’être brûlé·e ou de subir de plein fouet une explosion de gaz. Problèmes que vous pourriez éviter en attendant patiemment dans votre appartement en calfeutrant toutes les entrées et en ouvrant les fenêtres quand les secours arriveront, par exemple.

L’illusion des séries. C’est l’arme des casinos, le fer de lance des jeux d’argent ! Il s’agit simplement de percevoir une logique ou un signe divin dans une séquence construite totalement au hasard d’un point de vue statistique. Prenons l’exemple des lancers de pièces en pile ou face. Vous venez d’obtenir quatre fois ou bien cinq fois « pile » ou bien « face » ? C’est bien, mais sur 20 lancers, vous avez une chance sur deux d’obtenir quatre fois « face » d’affilée, selon le psychologue Thomas Gilovitch. Il ne s’agit aucunement d’un signe divin !

Historiquement, c’est l’illusion des séries qui a poussé le MI-5 à enquêter sur le Daily Telegraph pendant la seconde guerre mondiale après que le journal ai sorti à plusieurs reprises, quelques mois avant le débarquement, des mots croisés comprenant, parmi les mots à trouver, des noms de code des diverses opérations du débarquement tels que Utah, Overlord ou encore Omaha et ce… par le plus grand des hasards ! Enfin, c’est ce qu’il en ressort, après tout, qui sait … (lire the Guardian, the Telegraph)

Cryptomnésie et faux souvenirs. Bon, ils parlent de mémoire donc je les mets ensemble. La cryptomnésie, c’est la conviction d’être à l’origine d’une idée ou d’une blague sans que cela ne soit le cas. Parfois, ça conduit à du plagiat et c’est tout de suite moins drôle. Le faux souvenir, c’est totalement ce que vous croyez : c’est le fait de se remémorer un événement qui n’a jamais eu lieu. C’est ce que je faisais quand j’expliquais à ma mère pourquoi, après avoir fait (pas du tout) le ménage, ma chambre était dans un tel désordre ! Mais ça n’est pas toujours aussi léger : plusieurs procès ont eu à traiter des cas de « faux souvenirs ». Le procès Freyd aux USA en est un cas parfait : Jennifer Freyd accusa son père d’avoir abusé d’elle ce à quoi ce dernier répondit par la création de la « Fondation pour le syndrome des fausses mémoires » (le culot). (Le syndrome des faux souvenirs est sujet à controverse scientifique, débat dont les tenants et aboutissants sont résumés sur ce blog, par exemple, ndlr)

Mais je vous raconterai cette histoire une autre fois car ce fil se termine ici !
En espérant qu’il vous ait plu !
Bonne journée à tous !

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