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Sobriété numérique : faut-il s’inquiéter du coût énergétique de nos mails ?

Sobriété numérique : faut-il s’inquiéter du coût énergétique de nos mails ?

Souviens-toi, début janvier, nous évoquions trois pistes pour réfléchir à l’impact écologique de nos usages numériques. Parmi elles, il y avait la question du poids énergétique de nos consommations de données : faut-il supprimer tous ses e-mails ? Regarder moins de vidéo en streaming ? Dans un article de blog, le co-fondateur de l’hébergeur Gandi.net et porte-parole du Parti Pirate Pierre Beyssac soutient que réfléchir de cette manière, c’est plus ou moins s’embêter pour rien : le coût écologique de nos usages en ligne est minime par rapport à celui des outils que nous utilisons pour nous connecter. J’ai voulu en savoir plus, alors je suis allée lui poser trois questions.

Pourquoi proposer de réduire la consommation de données pour réduire l’impact écologique du numérique est une approche erronée, selon vous ?

C’est une question de règle d’attribution de l’énergie : qu’est-ce qui, dans nos usages numériques, consomme ? En réalité ce sont les infrastructures, la mise en place du réseau, la création des data centers, la fabrication des ordinateurs qui consomment donc polluent le plus. Tout ce que des comptables appelleraient les coûts fixes, en somme. Les données, la variabilité de notre usage du réseau numérique une fois que celui-ci est installé, cela a un coût énergétique assez faible par rapport à tout ce qui a été fait avant que l’on aille en ligne. Il y a un raccourci, dans le débat public, qui laisse penser que la personne qui regarde une vidéo est directement responsable de l’énergie que cela crée. Or ce sont les opérateurs qui ont les clés pour réaliser des optimisations écologiques, par les internautes. Les opérateurs voient tout leur réseau, savent quels outils ont besoin d’être améliorés, peuvent éteindre des canaux sur-capacitaires quand il y a besoin, ce genre de chose – et ils s’y intéressent, d’ailleurs !

Comment interprétez-vous l’attrait pour l’estimation de l’impact écologique de nos navigations en ligne ?

Plusieurs études sérieuses essaient d’estimer les effets écologiques de nos usages numériques. Le problème est qu’on y trouve souvent des sauts argumentatifs étranges. Par exemple, on lit que les réseaux émettent telle quantité de CO2 au niveau mondial, puis que la vidéo représente 60% de la consommation internet, donc que la consommation vidéo émet 60% de la pollution imputable au numérique. D’un point de vue rhétorique, ça semble logique, mais en réalité c’est sujet à débat. Il n’y a pas de corrélation directe entre la croissance du volume de données qui circulent en ligne et celle de la pollution émise par le numérique. Même l’ADEME (Agence gouvernementale de la transition écologique) reconnaît qu’avec une connexion fixe, la consommation de données internet ne fait pas varier l’impact écologique d’un foyer.

C’est une problématique de vulgarisation. On a voulu faire une analogie entre réseau Internet et réseau routier pour faciliter la compréhension. Sauf que c’est différent : que vous alliez en ligne ou non, votre box est allumée, donc elle consomme de l’électricité, énergie est assez peu carbonée en France. Alors que si vous cessez d’utiliser votre voiture, l’effet est très clair : tant qu’elle est immobile, elle n’utilise pas de pétrole. Et tant mieux car il s’agit d’une énergie très émettrice de CO2, donc néfaste pour le climat. Cette analogie fausse les représentations des citoyens sur le coût de leurs usages numériques et, en bout de chaîne, ça fausse les politiques publiques.

De quoi des citoyens inquiets de l’impact écologique de leurs usages numériques devraient-ils se soucier, selon vous ?

Ils peuvent éteindre leur box la nuit s’ils ne s’en servent pas, bien sûr, mais l’impact écologique sera très léger. Il faut garder à l’esprit les ordres de grandeurs relatifs : une box, ça consomme à peu près autant qu’un frigo, sur l’année. Mais les deux consomment très peu comparé au chauffage, par exemple. Si la préoccupation est de protéger l’environnement en général, il sera bien plus efficace de réduire le chauffage ou les kilomètres parcourus en transport que les données consommées dans sa navigation en ligne. Si on veut jouer sur la consommation d’énergie du numérique en particulier, l’important est plutôt de faire durer les équipements, les ordinateurs, les smartphones, dont la fabrication est très polluante. Pour les entreprises, ce peut aussi être l’usage du cloud. Bien sûr, ça soulève rapidement d’autres questions, de souveraineté numérique notamment, mais mutualiser le stockage de données a un vrai intérêt d’un point de vue environnemental.

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