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Filles et garçons sont-ils égaux face aux examens oraux ?

Filles et garçons sont-ils égaux face aux examens oraux ?

En bref :

Pour la première fois cette année, les bacheliers passent un grand oral. Traditionnelle des parcours d’entrée et d’obtention de diplômes des grandes écoles, l’épreuve est présentée par le ministère de l’Éducation comme un «un levier d’égalité des chances ». Mais comme la formation scolaire entretient certains stéréotypes, notamment de genre, il est difficile d’estimer si tous les élèves ont les mêmes chances au moment de présenter leur sujet de cette manière. En effet, les épreuves orales sont parfois présentées comme discriminantes pour les filles.

🗒️ À emporter : si le passage du bac pose la question de l’égalité entre les candidats au moment du dernier examen national, il illustre aussi une différence de socialisation des filles et des garçons à l’école, dont les effets sont complexes à démêler. 

Les faits :

⛔ Épreuves orales discriminantes ? 

– À l’école, selon la professeure en sciences de l’éducation Nicole Mosconi, les enseignants interagissent à 56% avec les garçons, pour «construire des savoirs nouveaux» d’après Mireille Burens, enseignante-chercheuse à l’université Grenoble-Alpes en anglais et en études de genre. En revanche, les interactions avec les filles ne représentent que 44%, et celles-ci sont plus sollicitées pour vérifier leurs acquis

– Professeure en sciences de l’éducation à l’université de Genève, Isabelle Collet évoque «la loi des deux tiers», «deux tiers des prises de parole sont le fait de garçons et un tiers de filles», observée dans les classes depuis les années 80.

– Dans deux études réalisées en 1999 et 2011, Annette Jarlégan, docteure en sciences de l’éducation observe que dès l’école primaire, les dynamiques interactionnelles contraignent les filles «à développer des stratégies qui visent à se limiter dans les échanges avec les adultes, à prendre moins de place que les garçons». Ces derniers peuvent plus se mettre en avant, prendre la parole plus librement en classe.

– Annabelle Allouch, professeure en sociologie à l’université de Picardie, évoque une plus grande «docilité scolaire» chez les filles, un stéréotype de genre observable à l’école, qui expliquerait une plus grande aisance féminine à l’écrit. 

– Docteure en psychologie sociale et du travail, Jeanne Boisselier explique que les femmes sont plutôt défavorisées à l’oral à cause des stéréotypes qui les entoure : les qualités vues comme féminines, «la sociabilité, l’altruisme ou l’empathie », sont peu utiles pour la réussite d’un examen ou d’un concours, tandis que celles perçues comme masculines, «la compétence, l’ambition, l’expertise, la rigueur», correspondent mieux à l’exercice

– En 2020, plusieurs articles de presse indiquaient qu’avec la suppression des épreuves orales pour le concours de l’École Normale Supérieure (ENS), le taux de femmes admises avait bondi. 

– Dans une étude de 2014 de l’Institut des politiques publiques (IPP), Thomas Breda et Son Thierry Ly arrivent à la conclusion que les épreuves orales favorisent le genre minoritaire dans la discipline, les filles comme les garçons, quelle que soit la filière. Ainsi, l’oral serait plutôt favorable aux filles dans les filières scientifiques, tandis qu’il réussirait plus aux garçons dans les filières littéraires. 

✅ Épreuves orales non discriminantes ?

– Pourtant, les conditions des épreuves orales siéent plus aux filles, qui sont seules face à l’examinateur, sans rivalité, ce qui les fait moins douter de leurs réponses. Des études ont prouvé qu’en présence de garçons, les filles avaient tendance à se sous-estimer, et qu’une situation de compétition en groupe mixte diminuait «leur auto-attribution de compétence». 

– Marie Duru-Bellat, sociologue de l’éducation, estime que les filles se préparent mieux à ce type d’épreuve, «cadrée par des normes scolaires». 

– Pour Pierre Merle, aucune étude ne permet de comparer le caractère discriminant des épreuves écrites à celui des épreuves orales. Chacune fait appel à des acquis sociolinguistiques «qui sont socialement situés», ce qui ne fait pas de l’examen oral une épreuve moins discriminante que l’examen écrit. 

Pour Isabelle Collet, l’inégal accès à la parole dès l’école n’a pas forcément d’effet sur les compétences didactiques des filles. En revanche, il les empêche «d’acquérir les techniques sociales de mise en valeur de leurs capacités et de leurs succès» nécessaires dans l’enseignement secondaire et dans le milieu professionnel. 

– En 1997, Pierrette Bouchard et Jean-Claude St-Amant concluaient à travers une étude sur les stéréotypes sexués, que plus un élève se détache de ces stéréotypes, meilleure sera sa réussite scolaire

– À L’ENS, si l’on observe les résultats à tous les concours d’entrée, pas seulement celui de la filière littéraire, on constate que l’augmentation du nombre d’admises n’a pas tant varié que cela avec la suppression de l’oral – en réalité, on reste dans la tendance des années précédentes. 

💡 Autres facteurs de discriminations aux examens

– Jeanne Boisselier estime que les épreuves orales favorisent l’invocation de stéréotypes, n’importe lesquels, car ceux-ci «permettent un éclairage supplémentaire sur la personne, d’expliquer et d’anticiper ses comportements». Elle explique que ceux-ci jouent aussi sur le ou la candidate avec l’effet de la menace du stéréotype, qui peut engendrer un stress supplémentaire.

– Lors d’un examen oral, au-delà du genre, l’origine sociale du candidat influe également sur l’appréciation du jury, car «plus la culture familiale est proche de la culture scolaire, plus l’élève a de facilité à s’exprimer avec les bons codes» explique Annabelle Allouch. Tout ce qui est lié au «savoir dire», «savoir être» et «savoir faire» compte aussi, tout comme l’effet de comparaison avec le candidat précédent. 

– Selon Jean-François Amadieu, sociologue et directeur de l’Observatoire des discriminations, le jury n’est souvent pas conscient des biais s’exerçant lors des épreuves orales. Il s’agit alors de sensibiliser ces professeurs à leurs propres préjugés pour ensuite en limiter les effets.

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