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Les médias et l’effet d’exposition de contenus trompeurs

Les médias et l’effet d’exposition de contenus trompeurs

Dans sa mission pour t’aider à découvrir de nouvelles sources d’information et de nouvelles voix, Flint a décidé de donner la parole à des experts, dans leur domaine respectif : environnement, technologie, histoire, sociologie. Ces articles sont une mise en page de threads, des séries de tweets publiés sur Twitter. Nous avons sélectionné ces textes pour l’éclairage précis et parfois méconnu qu’ils apportent sur des problématiques d’actualité.

💡 Pourquoi lire cette analyse ? À l’approche de l’élection présidentielle, avoir connaissance de ces pratiques, et particulièrement du biais cognitif de l’effet d’exposition, peut aider à prendre du recul sur l’information que l’on consomme et se montrer plus prudent sur les réseaux sociaux. 

✍️ L’auteur : Élie Guckert est journaliste indépendant. Il travaille notamment pour Médiapart, Conspiracy Watch ou encore Bellingcat. 

Retrouvez ce fil sur Twitter au bout de ce lien ou découvrez-le ci-dessous sous forme d’article.

Le fil : 

On fait le parallèle entre ce qui s’est passé pendant l’élection US de 2016 et ce qui se prépare en France pour 2022. Mais la bataille médiatique a aussi ses enjeux techniques, et les médias français jouent contre leur camp en passant à côté. Voici un petit cas d’école. 

🔎 Récemment pour Conspiracy Watch, j’ai eu l’occasion d’examiner l’audience de FranceSoir, qui diffuse des théories du complot et des menaces contre les soignants. Des outils gratuits comme Alexa ou SimilarWeb permettent de se faire une idée.

FranceSoir a ainsi eu plus de 7 millions de visiteurs en août dernier. Ces outils permettent aussi de comprendre par quel biais les internautes arrivent sur le site (via des liens postés sur tel réseau social, etc.)

Alexa permet par exemple de voir quels sont les sites tiers qui génèrent du trafic vers FranceSoir en insérant des liens vers ses contenus. D’après Alexa, presque 60% de ce trafic provient de Libération, suivi de LCI et Franceinfo.

🔗 L’explication est simple : quand Checknews [la cellule de factchecking de Libération, ndlr] se réfère à un contenu de FranceSoir pour faire du factchecking, CheckNews insère un lien direct vers le contenu en question, comme ici

👁️‍🗨️ Par mégarde, Checknews, LCI et Franceinfo augmentent ainsi l’e-réputation de FranceSoir, son référencement, et donc l’effet d’exposition. Un biais cognitif clé dans la diffusion de la désinformation en ligne, et ça vaut pour les discours haineux.

Dans un espace informationnel numérique, insérer un lien ou citer un tweet n’est jamais une action neutre, et ce quelle que soit la nature du message qui y est joint. On peut s’en foutre et céder à l’indignation immédiate, mais il faut en assumer les effets politiques.

➡️ Exemple avec Gérald Darmanin : en août il annonce des poursuites contre un site antisémite qui listait des personnalités juives (ou désignées comme telles)… en balançant le lien à ses abonnés. Le tweet est inséré dans la plupart des articles sur le sujet. Énorme boost d’exposition.

C’est entre autres de cette manière que des sites toxiques finissent par arriver en tête des requêtes Google devant des sites d’informations légitimes, ou que la fachosphère parvient à imposer ses mots et concepts en trending topics sur Twitter.

🤔 Donc il ne faut plus dénoncer, ni faire de fact-checking ? Si ! Mais on parle bien de «contenu viral», et dans une «infodémie» il faut donc appliquer des gestes barrières. Pour se référer à un contenu sans lui donner une audience, il existe par ex une méthode simple.

💡 Plutôt que d’insérer un lien direct, on peut insérer un lien archivé. Une méthode qui présente deux avantages : ne pas générer de trafic et «fixer» le contenu en cas de suppression ou de modification de l’original. Et ça ne prend que quelques secondes, avec Archive Today par exemple. 

L’espace informationnel n’est pas neutre, c’est un champ de bataille où chaque action a priori anodine produit des effets. Et ça, en face, ils l’ont compris depuis 20 ans. Il est donc temps d’adapter nos pratiques, c’est une question de survie.

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